La horde 3

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La horde 3

Message  Paul le Jeu 22 Oct - 16:23

Notre horde était connue et jalousée très loin à la ronde. Pourquoi? Eh bien parce qu’autrefois nous avions été parmi les premiers à maîtriser le feu, parce que notre sol et notre climat étaient favorables à la vie. Ces avantages de toutes sortes avaient entraîné notre prospérité, même inégalement partagée.
Le feu avait, entre autre, permis de mieux travailler et de durcir le bois, de fabriquer d’immenses catapultes pour assurer notre protection. Plus tard, nous avions bouclé la boucle: feu, bois, catapulte, feu! Nous avions appris à charger les paniers de nos catapultes avec des foyers qui, projetés au loin, semaient la terreur parmi nos ennemis.
A vrai dire, nous n’avions utilisé cette arme terrible qu’une seule fois. L’usage en était contraire aux traditions de la guerre, mais le simple fait de la posséder nous rendait pratiquement inattaquables. Tous en avaient peur, certains au sein même de notre horde. Les verduriens, par exemple, exigeaient que l’on renonce définitivement à l’utilisation de cette arme monstrueuse, capable de tuer cinq ou six ennemis à la fois.
La prospérité de notre horde attirait, je l’ai déjà signalé, des individus moins fortunés. Malgré les armes placées aux frontières de notre territoire, certains s’infiltraient et tentaient de survivre chez nous. On les tolérait parfois, et on leur assignait alors les besognes les plus pénibles .
Parfois on se débarrassait d’une partie des étrangers. C’était pour eux une sorte de sursis permanent. Beaucoup de publicité était faite à leur évacuation, car l’évènement avait pour fonction réelle de resserrer le groupe, de rappeler les valeurs fondatrices de la horde primitive, de servir d’exemple et de menace, et de faire croire aux gogos qu’après, tout irait mieux.
L’un des mâles dominants, Pas de Quoi, avait imaginé de renvoyer chez eux les étrangers indésirables en les plaçant dans les paniers de catapultes géantes. Ils arrivaient ,bien sûr , en très mauvais état, d’autant que nos catapultes étaient de plus en plus performantes. Certains originaux de la horde prétendaient qu’en maîtrisant mieux la technique, l’Homme parviendrait un jour à voler. Des fous harnachés d’ailes géantes s’étaient fait propulser le plus haut possible, mais il y a loin de l’aile au vol.
Voilà très rapidement à quoi ressemblait notre époque
Mais la nomination de C.Vinaigre au poste de GFMTTDF allait en partie bouleverser cette organisation.
J’ai déjà signalé que la maîtrise du feu avait permis d’accéder au confort, à la prospérité et à la paix.
Cette maîtrise n’avait cessé d’évoluer.
Comme nous étions loin des premiers feux accidentels!
Tout, désormais , était organisé, précis, reproductible.
Au fil des générations la technique du feu avait progressé au point qu’il fallait en enseigner toutes les subtilités.
Un chef, Charles le Grand, dit Magne, avait autrefois décidé de créer des écoles afin de transmettre et de développer cette science capable de satisfaire les exigences gastronomiques de Raquot aussi bien que d’assurer notre défense..
Sur tout le territoire, des écoles étaient donc nées, où des professeurs- les initiateurs- transmettaient leur savoir aux enfants

Seulement, tout n’était pas si simple. Au fil du temps, le savoir s’était accumulé et l’initiation devenait de plus en plus longue, complexe. L’enthousiasme des enfants se transformait en ennui, indifférence et parfois en rebellion.
Les silex, leur recherche et leurs différentes tailles, les produits inflammables, leurs propriétés respectives en fonction des feux souhaités et de leur destination: chauffer, cuisiner, guerroyer, protéger, éclairer, fumer, parfumer; feux doux, puissants, brefs, longs...tout était au programme.
Le confort et la paix avaient leur prix: l’initiation.
Elle monopolisait presque toute la jeunesse de nos enfants. La transmission étant devenue obligatoire, les groupes étaient surchargés. On s’y ennuyait, on s’y dissipait car les initiateurs ne pouvaient également s’occuper de tous. On discourait au lieu de montrer et de faire pratiquer. Peu à peu, on se coupait de la vie et de l’action.
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Paul
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