Petits crimes

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Petits crimes

Message  Paul le Ven 6 Avr - 19:26

Petits crimes (à la manière de Max Aub) :
C’était insupportable. Il en rajoutait, et en rajoutait ! Je me suis donc permis une légère soustraction : je l’ai raccourci.
Ce type m’énervait. Il montait dans l’estime de tous. Il montait dans les sondages. Il montait irrésistiblement. Il est monté dans l’ascenseur avant moi. Je l’ai descendu.
Un vrai pot de colle ! De la glu ! Je l’ai dégommée.
Non seulement il buvait comme une éponge, mais il transpirait, il bavait, il dégoulinait. Je l’ai séché.
Petit, nerveux, sec. Je l’ai étendu, liquidé.
Un bloc, une armoire, une armure. Je l’ai dessoudé.
Une erreur de la nature, ce type. Physiquement monstrueux et moralement difforme. Je l’ai rectifié.
Une baudruche, une véritable enflure. Je lui ai crevé la peau.
Un incapable, ce toubib. Je l’ai seringué.
Il était mou, mielleux, hésitant, indécis. Je l’ai exécuté.
Quel rire ! Et il riait, riait à gorge déployée. Pas un pli : je l’ai égorgé.
Elle aimait tant les pierres précieuses qu’elle a été lapidée.
Il a péri par où il avait péché : je l’ai zizigouillé.
Est-ce tout ? Est-ce tout ? me demandait mon supérieur sans même m’écouter. Je l’ai estourbi.
Cet ancien aviateur devenu alcoolo ne quittait plus le bar : je l’ai dézingué.
Il portait des accusations sans fondement : je l’ai assis et occis.
Depuis quelque temps, il grenouillait, nageait en eau trouble. Une queue de poisson a suffi.
Au courant de tout, en prise sur tout. Un petit coup sec l’a débranché.
Il avait une drôle de bobine. Et il se faisait de ses films ! J’ai mis fin à sa projection privée.
Il savait tout, donnait son avis sur tout, voulait tout arbitrer. Je lui ai tordu le cou et coupé le sifflet.
Relou le type ! Il me tannait. Je lui ai fait la peau.
Comment diable peut-on être anglais ? Je l’ai étranglé.
Il gémissait, geignait. La chaleur était insupportable ! Je ne l’ai pas cru. Il était cuit. Il est mort à l’étouffée.
Quel leader. Toujours en tête. Je l’ai décapité.
Il ne se permettait jamais le moindre plaisir. Empoisonné au curare.
Monsieur était maniaque. Il exigeait son potage maigre tous les soirs à dix-neuf heures très précises. Je lui ai crevé les yeux et lui ai fait boire le bouillon de onze heures.
Une boule de nerfs qui écumait en tirant sur sa bouffarde. Je l’ai aidé à casser sa pipe.
Il est arrivé tout feu tout flamme, mais n’a pas fait long feu : c’était un homme de paille.
Sans cesse à se balancer d’un pied sur l’autre, à balancer des vannes, à balancer les copains. Il ne balance plus. Je l’ai coulé dans le béton.
Il avait tout décroché : diplômes, gros lot, beaux petits lots. Il est accroché au bout d’une corde.
Je l’ai criblé de balles, ce publicitaire. Pour une fois, il a servi de cœur de cible.
Il se demandait toujours comment tuer le temps. C’est le temps qui a eu le dernier mot.
Dans l’éternel débat entre l’inné et l’acquis, ce type défendait avec une assurance insupportable la supériorité du premier. Je l’ai suriné.
Un mauvais maçon enfin terrassé : il ne gâchera plus jamais rien.
« ça dépend » était sa formule préférée. Une corde solide et un nœud coulant ont fait l’affaire.
Un jeune loup qui mordait dans la vie à pleines dents. Je lui ai fait avaler son dentier et son bulletin de naissance.
Footing, jogging, fouting de gueule, shooting.
Malgré un succès aux analyses d’urines, victime d’un pouvoir d’achat plat.

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Paul
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Date d'inscription : 27/04/2008

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