Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La douleur secrète du paon.

Message  Nicole le Ven 20 Juin - 12:54

Déjà, pour "baroqueux", je préfère m'en tenir à l'acception d'usage, celle des dictionnaires, pour ne pas tout compliquer, à savoir, le sens péjoratif de baroque, désignant surtout les musiciens qui ont les premiers cherché à retrouver comment se jouaient Bach, ... à leur époque, (eh! oui), sur quels instruments, ... ceci pour sortir de la manière dont les allemands (romantisme) avaient et ont encore la manière de les jouer... et avaient imposé cette manière aux autres.
Mais que font les musiciens du site ?? Eux sont plus instruits de la question.
Je vérifie sur mon Petit Robert scolaire; le mot "baroqueux" si j'ai bien regardé, n'y est pas... Lacune. Il est considéré comme familier, donc.
Tiens , un autre mot me semble associé au "baroque" : TRANSGRESSIF". Et si on publiait un dictionnaire des mots baroques? La notion étant à la mode, cela devrait se vendre...


Je pense aussi à Don Juan en lien avec mon message précédent. N'est-t-il pas l'illustration de la sensibilité baroque? Un paon. Comédien, séducteur, libertin (comme Molière, au sens du XVIIème = libre penseur) ? Ne tenant pas en place, rejetant toutes les certitudes, passant d'un masque à l'autre, et .... MELANCOLIQUE! Car il y a une douleur secrète au coeur du baroque. Caché au plus profond de l'être. Le point de départ de toute l'exubérance .... Le paon ne peut tenir sa roue en continuité... (PARADOXE, autre mot, déjà dit). Même quand il fait sa roue, il se regarde la faire et ne la voit pas sans miroir(s) ... Pas évident de parvenir à la volupté dans de telles conditions. Il séduit par son entrain, son sens de l'adaptation (les paysannes se pâment au bout de cinq minutes), mais un consentement désérotise la relation. Alors, avec panache, parce que sa sensibilité est féminine, il joue à être un héros guerrier, masculin; il parodie les héros épiques, préfère mourir, ce qu'il ne craint pas, que s'"allonger". Pas de jeu avec la vie sans jeu avec la mort...
avatar
Nicole
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3581
Date d'inscription : 06/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  NablaGerb le Ven 20 Juin - 13:59

N'abuses pas, Nicole, de ta machine pour voyager dans le temps, parce que, le Banquet du Voeux du Paon, si c'est un des symboles de la "grandeur et décadence" des Ducs de Bourgogne, au sommet de la période Gothique, bien sur que beaucoup plus tard (et en admiration devant cette Cour de bon-vivants) on a voulu imiter ou emprunter, c'est un usage de tous les temps, ce sont tous des mouvements néo.

Tu liras l'original ici: http://utu.morganlibrary.org/medren/single_image2.cfm?imagename=g24.044ra.jpg&page=ICA000110753

(à partir de la page 44 recto, tu prends les pages suivantes, cela se lit facilement).
avatar
NablaGerb
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3096
Date d'inscription : 15/04/2008
Age : 71
Localisation : flandre

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  NablaGerb le Ven 20 Juin - 15:23

C'est dur dur d'être original, après tous ces merveilleux courants dans l'histoire de l'Art.
Et je pense malheureusement qu'on n'ait eu le meilleur.
Enfin, pour terminer sur un beau son, les néo ont leur mérite! (ils sont nostalgiques).
avatar
NablaGerb
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3096
Date d'inscription : 15/04/2008
Age : 71
Localisation : flandre

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

baba roc

Message  Paul le Ven 20 Juin - 17:11

C'est du débat qui devient intéressant. En vrac: quand le paon fait la roue, il montre son cul. "Les bons professeurs font les bons autodidactes" (JF Revel). Je vais me dévoiler un peu: je suis prof de lettres. Quelques bons professeurs ont dû me donner envie de continuer à lire et à réfléchir. Très peu. Pour lutter contre la masse de béton scolaire et universitaire des autres , il faut beaucoup d'énergie. L'économie de moyens, parfaitement d'accord. C'est ma dédinition de la poésie. Dire le plus possible avec le moins de matériel possible. Il se trouve que c'est la définition des prétentions sarkoziennes: mieux avec moins. La politique et la société rejoindraient l'art? 1 mètre 90 et des poussières de Chirac contre1, 6....de Sarko: plus et mieux avec moins ? Pour le baroque, d'accord avec l'idée de mouvement, par opposition à la forme. Il me semble que c'est le principe même de la vie: masculin/féminin, anciens/modernes? les deux coexistent et leurs frictions font avancer le monde. Il est utile de préciser, de définir, de justifier, de découper; il est aussi utile et pertinent d'avoir une vue plus globale. L'art s'inscrit dans la société ( pour/ contre/ avec/ avant/après..........). On a besoin de définir un mouvement artistique ou autre; mais il fait partie d'un tout.Si la caractéristique majeure du baroque est le mouvement, nous vivons une époque baroque. Même en économie.Bonnes réflexions à tous.
avatar
Paul
Membre Actif de l'Opale

Messages : 532
Date d'inscription : 27/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  NablaGerb le Sam 21 Juin - 3:56

Les citations, Paul, sont des roses coupées dans les rosières des auteurs, et nul ne sait dans quel contexte cette rose a grandie.
J'aime bien t'entendre parler de la masse de béton qu'on nous sert, sans aucune émotion (je connais bien l'Université de 1965), tu n'y peux rien, mais tout le monde y perd, ce ne sont plus que des universités. (remarque la distinction majuscule/minuscule).
Je n'ai aucune authoritée pour t'introduire dans le baroque (si on ne l'a fait à l'Univ.), car tu le connais bien; on aime ou on n'aime pas, (je pense d'ailleurs que la littérature baroque (tous genres confus) est post-renaissance et en avance aux autres arts), (corriges-moi si je me trompe). Après la Renaissance, la littérature se lance dans le Gongorisme (encore, corriges-moi si je me trompe).
Q'est-ce qu'il est facile de ne pas se tromper si l'on ne dit rien...
avatar
NablaGerb
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3096
Date d'inscription : 15/04/2008
Age : 71
Localisation : flandre

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Paul le Sam 21 Juin - 8:04

Ce qui semble pertinent, c'est de regarder le monde avec un microscope et un télescope en même temps, de changer de focale le plus souvent possible. L'idéal de l'honnête homme qui connaissait tout est difficile à réaliser aujourd'hui, mais il me convient mieux que la spécialisation à outrance . J'aime l'alternance de confusion et d'avancées linéaires, un peu comme au rugby. Dire que tout est dans tout, c'est vrai, mais ça ne fait pas avancer; disséquer donne un regard précis, mais qu'il faut rattacher à l'ensemble. J'ai appris la littérature française sur les Lagarde et Michard, avec un découpage très strict par siècles; or la réalité ne correspond pas à cette approche simplifiée, artificielle et pratique pour l'enseignement. Je crois qu'il en va de même pour beaucoup de domaines du savoir et de la production humaine. Bonne journée. Au plaisir de te lire. Paul
avatar
Paul
Membre Actif de l'Opale

Messages : 532
Date d'inscription : 27/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

baroque

Message  Paul le Dim 22 Juin - 8:03

Pour répondre à la question de Saskia. En littérature, il n'y a pas d'école baroque, pas de mouvement baroque "organisé". Baroque et organisation constitueraient un oxymore. Il existe en revanche un esprit baroque." Ce qui apparaît derrière ses diverses manifestations, c'est un effort pour échapper à la tyrannie d'un monde stable, définitivement organisé, imposant à l'homme le spectacle d'une réalité dans laquelle il ne joue aucun rôle. Pour échapper aussi à une certaine conception de la vie de l'esprit qui se limiterait, par la voie de l'abstraction, à connaître et à légiférer..."(JC Tournant) Cette dualité est de tous les temps: vie,mort/ mouvement/ stabilité...Nous vivons une époque profondément baroque: la stabilité des chiffres que le système politico-économique nous assène comme vérité indiscutable, le travailler plus pour gagner plus, les discussions entre partenaires socio-politiques dont le résultat est écrit avant les négotiations.... Beaucoup de mouvement pour cacher l'immobilité du système, beaucoup de réformettes pour masquer l'absence d'imagination féconde. Le mouvement serait-il vain?
avatar
Paul
Membre Actif de l'Opale

Messages : 532
Date d'inscription : 27/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Question de Paul: le mouvement serait-il vain?

Message  Nicole le Dim 22 Juin - 8:27

(...)
"Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris."

(...)"Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!"
avatar
Nicole
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3581
Date d'inscription : 06/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Paul le Dim 22 Juin - 12:01

La citation de Baudelaire est, elle-même, fascinante. Les yeux de la beauté sont des miroirs, de purs miroirs pour les poètes dociles. Ainsi, croyant voir la beauté, on ne voit que soi! Le coeur de neige, froid et immobile; la blancheur des cygnes, mouvement du désir. Le vrai mouvement serait-il intérieur? Comme l'exotisme de Baudelaire? Comme ce débat constant qui le poussait vers la pureté et l'absolu et lui faisait fréquenter les bordels. Belle référence.
avatar
Paul
Membre Actif de l'Opale

Messages : 532
Date d'inscription : 27/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Jean-Paul le Dim 22 Juin - 13:04

coreven a écrit:" Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ? "
Que lis-je? Qu'ouis-je? Qui suis-je? Ou suis-je? Qu'halluci-neige (immaculée)?
Diable ! Bigre! Morbleu! Diantre! (A l'abordage,aussi !) comment peut-on ,sans ètre ni sourd ni aveugle ni borgne (sabrebleu, enfin ! ), poser cette question???
Plus sérieusement-j'ai pourtant horreur des gens sérieux et je le prouve ! - je voudrais remercier Saskia:
1- de jouer, souvent, si bien du violon (le plus bel intrument après la voix humaine, selon moi) ;
2- d'avoir créer ce forum (c'est cher?),aux ambitions pourtant disparates, voire parfois minuscules (mais la fatigue excuse beaucoup de chose..)
3- de m'y avoir amicalement convié ;
4- d'avoir posé cette question saugrenue mais qui contient ce mot magique : "baroque" (je crois qu' il résume à lui seul la Création )
Faisons lui collectivement la bise (pas trop baveuse ,merci) !!
coreven

Comme quoi, Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume d'Orange)
avatar
Jean-Paul
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 7080
Date d'inscription : 06/04/2008
Localisation : Annecy

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Paul le Dim 22 Juin - 16:46

Si le mot "baroque" induit une discussion particulièrement baroque, il faudrait tenter le coup avec d'autres thèmes: classique, romantique....nos échanges en seraient-ils modifiés quant au ton ? ( j'aime beaucoup ce "quant au ton" qui sonne si mal.
avatar
Paul
Membre Actif de l'Opale

Messages : 532
Date d'inscription : 27/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Moderato le Lun 23 Juin - 6:45

Excellente idée. Chacun peut initier un sujet susceptible d'intéresser les autres membres et les invités qui ne font pas le pas de s'inscrire au forum. C'est l'occasion d'approfondir et de confronter nos points de vue.
avatar
Moderato
Admin

Messages : 670
Date d'inscription : 05/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Nicole le Sam 22 Nov - 18:56

Avez-vous lu le dernier Télérama (5 nov) avec l'article massacreur de baroqueux de Boulez?
Qu'en dites-vous?
" Le célèbre compositeur est à l'honneur au musée du Louvre : une exposition lui est consacrée jusqu'au 9 février et un documentaire sur son travail y est projeté les 13, 15, 16, 22 et 23 novembre. Pierre Boulez va aussi donner dix concerts, du 11 novembre au 2 décembre, dans la salle de l'Auditorium et sous la Pyramide. Comment un musicien entre-t-il ainsi au musée ? Gilles Macassar, journaliste à Télérama, l'a rencontré. Visite guidée dans son imaginaire et sa mémoire."

LE FIL MUSIQUE - Il revendique ses emprunts à Paul Klee ou à Vieira da Silva, révélant des liens subtils entre peinture et musique. A l'honneur au Louvre en cette fin 2008, Boulez compose son musée imaginaire.

SUR LE MEME THEME
Pierre Boulez, invité d'honneur du musée du Louvre | 5 novembre 2008


« J'ai horreur du passé, j'ai horreur du souvenir » : de cette réplique du Soulier de satin, de Paul Claudel, Pierre Boulez a fait l'une de ses citations favorites (1). Pourtant, succédant à Robert Badinter, Toni Morrison et Anselm Kieffer, le compositeur du Marteau sans maître est pour un mois l'invité d'honneur du Louvre – lieu par excellence où s'engrangent les trésors de notre mémoire artistique. Le loup entre-t-il dans la bergerie ? Interrogé à la télévision, au début des années 1970, sur le thème du musée imaginaire, le musicien rappelait avec une suave férocité, en évoquant l'action des Gardes rouges pendant la Révolution culturelle en Chine, que les civilisations n'hésitaient pas, autrefois, à se vider d'un peu de leur sang quand elles se sentaient menacées de congestion.

Trente-cinq ans plus tard, Pierre Boulez établit sur les cimaises du Louvre des lectures croisées d'oeuvres graphiques, littéraires et musicales, Ingres, Kandinsky, Mallarmé, Varèse, Bartók, Berio... Il parie sur les vertus de la confrontation entre les arts et les époques pour redéfinir le statut de la création, entre fini et inachevé. Le fondateur de l'Ircam (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique) nous a reçus. Visite guidée dans son imaginaire et sa mémoire.

« En matière d'accueil du public et d'aide pédagogique, les musées, en particulier aux Etats-Unis, ont montré la voie. En sortant d'une exposition, vous trouvez aisément toute la documentation nécessaire pour satisfaire votre curiosité - catalogue, livres d'art, reproductions. Quand vous sortez d'un concert, rien de tel : impossible, ou presque, de se procurer sur place un enregistrement de l'oeuvre entendue, dans la même interprétation ou dans une autre, de consulter des ouvrages d'histoire sur le compositeur, son époque ou le mouvement auquel il se rattache. Face aux musées, les salles de concerts sont à la traîne. Quand on en construit, on se soucie seulement de l'auditorium, mais pas des satellites autour, qui sont au moins aussi importants. En France, seule la Cité de la musique, avec son musée, sa médiathèque, tente de faciliter l'accès du public à un savoir autonome et personnel. »

Ces peintres qui ont ignoré la musique

« En réalité, peintres et compositeurs vivent dans des sphères très éloignées. Jamais Debussy n'évoque le nom de Monet, et pourtant quel peintre est plus proche de ses Reflets dans l'eau que l'auteur des « Nymphéas » ? Hormis les décors que Diaghilev leur a commandés pour ses spectacles de ballets ou d'opéras, ni Picasso, ni Braque, ni Matisse ne se sont intéressés à la musique de leur temps. On serait tenté de rapprocher Webern et Mondrian, pour leur commune rigueur et économie de moyens ; mais les peintures que Webern admirait et les musiques dont Mondrian raffolait étaient de second ordre. A l'époque des concerts du Domaine musical, rares sont les peintres que j'ai pu rallier à cette aventure. Il y eut néanmoins quelques fidèles, j'en profitais pour leur demander d'illustrer les pochettes de nos disques – Miró a donné une gravure pour l'enregistrement des Oiseaux exotiques, d'Olivier Messiaen. Les plus assidus, André Masson et Vieira da Silva, également. Avant de mettre tragiquement fin à ses jours, Nicolas de Staël remontait du Midi, où il était installé, pour assister aux premiers concerts du Domaine. Nous discutions longuement de ce qui distinguait la musique de Schoenberg de celle de Webern. »

Les œuvres-labyrinthes

« En période de création, un compositeur se transforme en prédateur, s'appropriant tout ce qui est susceptible de stimuler son imagination. Dans les tableaux de Paul Klee, par exemple, j'avais remarqué des fonds à la texture extrêmement fine, très travaillée, sur lesquels s'arrachaient des figures graphiques incisives, très découpées. Dans mes orchestrations, j'ai préservé ce contraste, entre des fonds sonores indifférenciés, opaques, et des motifs très précis, très brillants, bien détachés. D'une façon générale, je suis attiré par les œuvres-labyrinthes, qu'il s'agisse des romans de Joyce ou des violents fouillis de Jackson Pollock, à l'époque de l'action painting.

Ainsi, dans les toiles de Vieira da Silva, j'ai toujours aimé ces monuments abstraits qui se dégagent de la brume, puis sont noyés sous une couche de blanc quand leur architecture devient trop présente. Cela m'a suggéré l'idée, dans plusieurs pièces, d'effacer des structures évidentes, en les camouflant sous une sorte de brouillage instrumental. Je lui ai avoué cet emprunt, elle ne m'en a pas tenu rigueur, puisqu'elle m'a même offert un tableau caractéristique de ce procédé ! »

Les manuscrits de Stravinsky

« En dehors d'une toile de Vieira da Silva, je ne possède que la première esquisse de la fontaine qui recouvre, place Igor-Stravinsky, la salle souterraine de l'Ircam. Le sculpteur Jean Tinguely et sa femme, Niki de Saint Phalle, me l'ont offerte, en reconnaissance de la commande que l'Etat, par l'intermédiaire de la Ville de Paris, leur avait passée. C'était la première commande officielle de la France à l'artiste si original qu'était Jean Tinguely, et je suis très fier d'en être à l'origine.

En revanche, je collectionne les fac-similés de manuscrits de compositeurs. Ce sont de précieux révélateurs de leur tempérament, du mécanisme de leur pensée, du geste même de la composition. Le manuscrit du Sacre du printemps révèle la pression dramatique, l'urgence explosive à laquelle Stravinsky fut soumis. Les thèmes sont notés à la hâte, pêle-mêle, dans la brutalité de leur surgissement. D'une grande banalité dans leur premier jet, ils sont ensuite repris, triturés, torturés, pour acquérir un relief et une puissance extraordinaires. Ni le manuscrit de L'Oiseau de feu, ni celui de la Symphonie d'instruments à vent ne témoignent d'une telle transe créatrice. Au contraire, l'écriture de Stravinsky y est conforme au profil général de sa musique : ordonnée et précise, très ferme, très droite.

Dans le fac-similé des deux cahiers d'Images pour piano, de Debussy, récemment publié, l'écriture du compositeur, souple, élégante, raffinée, indique déjà ce que doivent être le jeu et le toucher de l'interprète. Comme l'écriture de Wagner, très ronde, très liée, très fondue, transcrit graphiquement l'idée de mélodie infinie. Mais certains manuscrits réservent des surprises. On attendrait de Brahms, représentant de l'ordre, de la tradition classique, face aux aventureux musiciens de l'avenir, des partitions tirées au cordeau, méticuleuses. Ses manuscrits sont en réalité pleins de ratures, sans soin, tachés de pâtés d'encre ! »

Jeff Koons à Versailles

« Le musée ne doit pas écraser, ni le passé servir de refuge. La culture offre un confort séduisant, mais il faut savoir s'en délester. Pour se défaire des clichés, retrouver un regard neuf, une sauvagerie primitive. J'ai dit que si chacun se constituait sa petite bibliothèque alexandrine, chacun devait aussi, à un moment donné, être le barbare qui l'incendiait. On s'indigne, actuellement, de la présence des statues de Jeff Koons dans le château de Versailles. Mais la sacro-sainte dignité de ce palais en est-elle vraiment outragée ? N'est-ce pas au contraire l'occasion de s'interroger sur la légitimité de notre admiration pour ce patrimoine, sa validité ? La vogue du baroque nous submerge de musiques superficielles, mises à égalité avec les chefs-d'œuvre de Bach, sans discerner à quel point elles sont mécaniques, prévisibles. Pis, des musiciens se spécialisent dans l'interprétation de répertoires étroits, limités de 1700 à 1750 ou de 1800 à 1830. Sauf en médecine et en chirurgie, le spécialiste, voilà l'ennemi aujourd'hui . »

Gilles Macassar
Télérama n° 3069
(1) « J'ai horreur du souvenir » (hommage à Roger Désormière), Points de repère, éd. Christian Bourgois, coll. Musique, passé, présent.

(2) Christian Labrande diffuse le début de l'émission de Pierre Dumayet dans la première séance de Musique filmée.

A voir, à écouter
– Exposition « Pierre Boulez, Œuvre : Fragment », jusqu'au 9 février au pavillon Mollien, musée du Louvre, Paris 1er.
– Dix concerts, du 11 novembre au 2 décembre, salles du musée, auditorium et sous la pyramide.
– Musique filmée, « Le geste musical à l'écran », les 13, 15, 16, 22 et 23 novembre à l'auditorium. Tél. : 01-40-20-55-55.

A lire
– Pierre Boulez, Œuvre : Fragment, éd. Gallimard/musée du Louvre, 160 p., 42 EUR.

Le 5 novembre 2008 à 17h27 1 réaction envoyez à un ami imprimez

VOS REACTIONS (1 commentaires)


mariegabriel - le 17/11/2008 à 10h37
Ce sujet des interactions entre peinture et musique sont multiples et je souhaiterais faire part de mon expérience, en tant que peintre.

Mon travail d'interprétation de la nature et des paysages m'a amené à rechercher la retranscription de leur musicalité (les "fragments" choisis par P.Boulez, sont pour moi d'une grande sensibilité sensorielle, tel un accord, une vibration sonore) . C’est avec la série des « rythmes » et des compositions que la question de la "formalisation" de cette musicalité.



Ma première expérience basée exclusivement sur la musique est la « phrase musicale » intitulée "L. Janácek, Sur un sentier recouvert". Je peins directement la toile, formes et couleurs me sont inspirées à l'écoute de la musique.



Du point de vue du plasticien, la musique peut être retranscrite de plusieurs manières : de la création d'une nouvelle écriture de la musique facilitant une expression visuelle à la retranscription d'une émotion ressentie à l'écoute de la musique , etc...

avatar
Nicole
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3581
Date d'inscription : 06/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  coreven le Dim 23 Nov - 15:46

Absolument AUCUN des enregistrements discographiques de Monsieur Boulez chef d'orchestre ne figure dans le catalogue international des interprétations de références indispensables.
Par contre, nombreux sont à éviter prudemment..! par exemple:ses Scènes de Faust de Schumann : une pure merveille devenue, sous sa direction, d'une grande platitude !
avatar
coreven
Membre Actif de l'Opale

Messages : 441
Date d'inscription : 21/04/2008
Age : -4649
Localisation : paris

Voir le profil de l'utilisateur http://corevenlesensdelavie.e-monsite.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Nicole le Lun 24 Nov - 19:41

La décroissance favoriserait-elle, outre le "plus de liens" promis par la charte, l' essor de la musique? (baroque...)

La Charte de La Décroissance
"Le projet de la décroissance est la seule alternative possible au développement de la misère et à la destruction de la planète. La décroissance est un mouvement d'idées et un ensemble de pratiques qui n'appartiennent à personne. La Décroissance entend être au service de cette cause, mais ne prétend pas en être le dépositaire exclusif. Il se veut au contraire un vecteur de débats et de mobilisations pour convaincre les partisans du «développement durable» de leur impasse. Le journal s'adressera par son contenu au plus grand nombre, fort du principe que les choix politiques sont l'affaire de tous. Nous défendrons quelques grands principes qui constituent notre identité et la raison de notre combat. Nous sommes foncièrement humanistes, démocrates et fidèles à des valeurs comme la liberté, l'égalité et la fraternité. Nous ne croyons pas qu'il faille choisir entre la question écologique et la question sociale, qui sont pour nous intimement liées. La décroissance vise à rendre aux générations futures une planète sur laquelle non seulement il sera encore possible de vivre mais où il fera bon vivre. La décroissance ne propose pas de vivre «moins» mais «mieux», avec «moins de biens et plus de liens». La décroissance repose sur une autre conception de la société que toutes celles que proposent les autres partis politiques. Elle se fonde sur un autre rapport à l'espace et au temps mais qui n'est qu'une façon de renouer avec une longue histoire de combat contre dominations et aliénations. Nous sommes convaincus que l'émancipation sera l'oeuvre des humains eux-mêmes et au premier chef des plus faibles. Nous croyons en la possibilité de poursuivre l'aventure pour une société plus humaine, loin de toute idéalisation du passé ou des traditions ou d'un ailleurs. Nous n'avons pas de modèle car nous croyons à la nécessité d'inventer ensemble une société viable et juste. Le journal soutiendra toute initiative de simplicité volontaire mais travaillera aussi à l'articulation de ces initiatives individuelles ou communautaires à la construction d'un projet politique capable de faire rêver. Le journal sera une tribune des débats qui divisent et diviseront toujours ce mouvement. Le journal n'accueillera pas, en revanche, les idéologies qui font de l'humanité elle-même la source des problèmes. Nous combattons tout système productiviste et société de consommation mais nous ne voyons pas dans l'humanité notre adversaire. Nous pensons qu'il est possible et nécessaire de réconcilier le «principe responsabilité» et le «principe espérance».

La Décroissance/Casseurs de pub - 11, place Croix-Pâquet - 69001 LYON
avatar
Nicole
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3581
Date d'inscription : 06/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

réponse à Pierre Boulez

Message  kiskou le Lun 20 Avr - 19:35

"La vogue du baroque nous submerge de musiques superficielles, mises à égalité avec les chefs-d'œuvre de Bach, sans discerner à quel point elles sont mécaniques, prévisibles. Pis, des musiciens se spécialisent dans l'interprétation de répertoires étroits, limités de 1700 à 1750 ou de 1800 à 1830. Sauf en médecine et en chirurgie, le spécialiste, voilà l'ennemi aujourd'hui ."


Dernière édition par kiskou le Lun 27 Avr - 6:16, édité 3 fois (Raison : l’hôpital qui se fout de la charité)

kiskou
Posteur Débutant

Messages : 1
Date d'inscription : 20/04/2009

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  NablaGerb le Jeu 23 Avr - 19:51

il n'y a pas de mauvaises œuvres, il n'y a que des piètres musiciens.
Pas d'accord, mais ne me demandez pas de donner des exemples, tout cela est très subjectif.
avatar
NablaGerb
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3096
Date d'inscription : 15/04/2008
Age : 71
Localisation : flandre

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Nicole le Ven 24 Juil - 22:13

Quand une main vous tend les bras, vous vous asseyez?

avatar
Nicole
Membre Vénérable de l'Opale

Messages : 3581
Date d'inscription : 06/04/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Existe-t'il un courant artistique "baroque" en France ?

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum