Anthologie: Nos poèmes préférés.

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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Nicole le Dim 15 Juin - 16:58

Le tableau de Nicolas Poussin mis aujourd'hui dans la rubrique "Anniversaires du jour", à savoir, Les Bergers d'Arcadie, (1639), représentant les bergers penchés sur la tombe et déchiffrant: "Et in Arcadia ego" (Moi aussi, je suis en Arcadie), me fait penser au poète Yves Bonnefoy, grand admirateur de ce tableau (et de Rimbaud aussi, entre autres poètes et artistes sur lesquels il a travaillé):
Une pierre , dans Les Planches courbes:
"Nos ombres devant nous, sur le chemin,
Avaient couleur, par la grâce de l'herbe,
Elles eurent rebond, contre des pierres.
Et des ombres d'oiseaux les effleuraient
En criant, ou bien s'attardaient, là où nos fronts
Se penchaient l'un vers l'autre, se touchant presque
Du fait de mots que nous voulions nous dire."

Ceux ou celles qui empruntent la Rue Descartes connaissent cette décoration murale de Pierre Alechinsky sur une façade d'immeuble; à droite, un poème de Yves Bonnefoy, poète né en 1923, et toujours vivant

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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Nicole le Sam 21 Juin - 11:10

Mallarmé (Poèmes en Prose)

La pipe

Hier, j’ai trouvé ma pipe en rêvant une longue soirée de travail, de beau travail d’hiver. Jetées les cigarettes avec toutes les joies enfantines de l’été dans le passé qu’illuminent les feuilles bleues de soleil, les mousselines et reprise ma grave pipe par un homme sérieux qui veut fumer longtemps sans se déranger, afin de mieux travailler: mais je ne m’attendais pas à la surprise que préparait cette délaissée, à peine eus-je tiré la première bouffée, j’oubliai mes grands livres à faire, émerveillé, attendri, je respirais l’hiver dernier qui revenait. Je n’avais pas touché à la fidèle amie depuis ma rentrée en France, et tout Londres, Londres tel que je le vécus en entier à moi seul, il y a un an, est apparu; d’abord les chers brouillards qui emmitouflent nos cervelles et ont, là-bas, une odeur à eux, quand ils pénètrent sous la croisée. Mon tabac sentait une chambre sombre aux meubles de cuir saupoudrés par la poussière du charbon sur lesquels se roulait le maigre chat noir; les grands feux! et la bonne aux bras rouges versant les charbons, et le bruit de ces charbons tombant du seau de tôle dans la corbeille de fer, le matin - alors que le facteur frappait le double coup solennel, qui me faisait vivre! J’ai revu par les fenêtres ces arbres malades du square désert – j’ai vu le large, si souvent traversé cet hiver-là, grelottant sur le pont du steamer mouillé de bruine et noircir de fumée – avec ma pauvre bien-aimée errante, en habits de voyageuse, une longue robe terne couleur de la poussière des routes, un manteau qui collait humide à ses épaules froides, un de ces chapeaux de paille sans plume et presque sans rubans, que les riches dames jettent en arrivant, tant ils sont déchiquetés par l’air de la mer et que les pauvres bien-aimées regarnissent pour bien des saisons encore. Autour de son cou s’enroulait le terrible mouchoir qu’on agite en se disant adieu pour toujours.

Proust a su apprécier et retenir le cadeau, non ? Belle passation!


Magritte: L'Estropiat (1947)
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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Jean-Paul le Ven 4 Juil - 7:44

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Robert DESNOS Corps et Biens (1930)
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Le Martinet de René Char

Message  Nicole le Jeu 10 Juil - 9:42

A propos du "mot à mot" d'aujourd'hui, un poème de René Char,
Le martinet

Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S'il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l'hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour ?

Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n'est plus à l'étroit que lui.

L'été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.

Il n'est pas d' yeux pour le tenir. Il crie, c'est toute sa présence. Un mince fusil va l'abattre. Tel est le coeur.

René Char
("La fontaine narrative" - 1947 - "Fureur et mystère" - 1948 - Gallimard)
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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Manon le Ven 18 Juil - 21:46

Eternité de la nature, brièveté de l'homme

Roulez dans vos sentiers de flamme,
Astres, rois de l'1immensité!
Insultez, écrasez mon âme
Par votre presque éternité!
Et vous, comètes vagabondes,
Du divin océan des mondes
Débordement prodigieux,
Sortez des limites tracées,
Et révélez d'autres pensées
De celui qui pensa les cieux!

Triomphe, immortelle nature!
A qui la main pleine de jours
Prête des forces sans mesure,
Des temps qui renaissent toujours!
La mort retrempe ta puissance,
Donne, ravis, rends l'existence
A tout ce qui la puise en toi;
Insecte éclos de ton sourire,
Je nais, je regarde et j'expire,
Marche et ne pense plus à moi!

Vieil océan, dans tes rivages
Flotte comme un ciel écumant,
Plus orageux que les nuages,
Plus lumineux qu'un firmament!
Pendant que les empires naissent,
Grandissent, tombent, disparaissent
Avec leurs générations,
Dresse tes bouillonnantes crêtes,
Bats ta rive! et dis aux: tempêtes :
Où sont les nids des nations?

Toi qui n'es pas lasse d'éclore
Depuis la naissance des jours.
Lève-toi, rayonnante aurore,
Couche-toi, lève-toi toujours!
Réfléchissez ses feux sublimes,
Neiges éclatantes des cimes,
Où le jour descend comme un roi!
Brillez, brillez pour me confondre,
Vous qu'un rayon du jour peut fondre,
Vous subsisterez plus que moi!

Et toi qui t'abaisse et t'élève
Comme la poudre des chemins,
Comme les vagues sûr la grève,
Race innombrable des humains,
Survis au temps qui me consume,
Engloutis-moi dans ton écume,
Je sens moi-même mon néant,
Dans ton sein qu'est-ce qu'une vie?
Ce qu'est une goutte de pluie
Dans les bassins de l'océan!

Vous mourez pour renaître encore,
Vous fourmillez dans vos sillons!
Un souffle du soir à l'aurore
Renouvelle vos tourbillons!
Une existence évanouie
Ne fait pas baisser d'une vie
Le flot de l'être toujours plein;
Il ne vous manque quand j'expire
Pas plus qu'à l'homme qui respire
Ne manque un souffle de son sein!

Vous allez balayer ma cendre;
L'homme ou l'insecte en renaîtra!
Mon nom brûlant de se répandre
Dans le nom commun se perdra;
Il fut! voilà tout! bientôt même
L'oubli couvre ce mot suprême,
Un siècle ou deux l'auront vaincu!
Mais vous ne pouvez, à nature!
Effacer une créature;
Je meurs! qu'importe? j'ai vécu!

Dieu m'a vu! le regard de vie
S'est abaissé sur mon néant,
Votre existence rajeunie
A des siècles, j'eus mon instant!
Mais dans la minute qui passe
L'infini de temps et d'espace
Dans mon regard s'est répété!
Et j'ai vu dans ce point de l'être
La même image m'apparaître
Que vous dans votre immensité!

Distances incommensurables,
Abîmes des monts et des cieux,
Vos mystères inépuisables
Se sont révélés à mes yeux!
J'ai roulé dans mes voeux sublimes
Plus de vagues que tes abîmes
N'en roulent, à mer en courroux!
Et vous, soleils aux yeux de flamme,
Le regard brûlant de mon âme
S'est élevé plus haut que vous!

De l'être universel, unique,
La splendeur dans mon ombre a lui,
Et j'ai bourdonné mon cantique
De joie et d'amour devant lui!
Et sa rayonnante pensée
Dans la mienne s'est retracée,
Et sa parole m'a connu!
Et j'ai monté devant sa face,
Et la nature m'a dit : Passe :
Ton sort est sublime, il t'a vu!

Vivez donc vos jours sans mesure!
Terre et ciel! céleste flambeau!
Montagnes, mers, et toi, nature,
Souris longtemps sur mon tombeau!
Effacé du livre de vie,
Que le néant même m'oublie!
J'admire et ne suis point jaloux!
Ma pensée a vécu d'avance
Et meurt avec une espérance
Plus impérissable que vous!

Alphonse de Lamartine
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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Nicole le Sam 23 Aoû - 22:04

Une réflexion toute simple et si juste de Léautaud : "La poésie est faite pour les parties profondes de notre sensibilité qui sommeillent dans le courant des jours et qu' elle réveille dans un délice qui va jusqu'aux larmes". Propos d'un jour.
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Alfred de Vigny: LA MAISON DU BERGER

Message  Jean-Paul le Jeu 1 Oct - 15:20

http://romantis.free.fr/vigny/html/lamaison.html
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Qui nous offre un pangramme de sa composition?

Message  Nicole le Lun 2 Nov - 16:22

(Un pangramme est un texte où l'on s'efforce de mettre
toutes les lettres de l'alphabet !)

Celui de Georges Perec, que voici, est très connu :

" Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume ! "
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Sainte de Stéphane Mallarmé

Message  Jean-Paul le Mar 1 Déc - 6:57



À la fenêtre recelant
Le santal vieux qui se dédore
De sa viole étincelant
Jadis avec flûte ou mandore,

Est la Sainte pâle, étalant
Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant
Jadis selon vêpre et complie :

À ce vitrage d’ostensoir
Que frôle une harpe par l’Ange
Formée avec son vol du soir
Pour la délicate phalange

Du doigt que, sans le vieux santal
Ni le vieux livre, elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

Stéphane Mallarmé (1842-1898), « Sainte » (1865)

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quelques courts poèmes

Message  Paul le Dim 31 Jan - 11:36

Michel Cosem, Haïkus
Entre les ailes il y a l’oiseau
Entre les roseaux il y a l’hiver
Entre tes bras il y a mon cœur

Le vent et le nuage
Pour toujours
Se partagent le monde

A la pointe des fleurs
L’odeur
Comme un chant

Le moulin et le peuplier
rêvent ensemble
Et parlent de l’eau qui passe

La forêt
Comme une harpe avec un collier de dents de loup
Frotte sa toison noire à la foudre
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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Jean-Paul le Ven 26 Mar - 13:21

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n'y a pas d'ombre maigre sur la barque chavirée.

Bonjour à peine est inconnu dans mon pays.

On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté
.
Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie.


René Char Qu'il vive (1968) (Extrait des Matinaux)

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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Jean-Paul le Ven 2 Avr - 20:29

Roman

I

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
− Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
− On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, − la ville n’est pas loin,
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

− Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
− Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père...
Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif...
− Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’à mois d’août.
Vous êtes amoureux. − Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
− Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire... !
− Ce soir-là,... − vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
− On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.


Arthur Rimbaud, 29 septembre 1870


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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Jean-Paul le Sam 24 Avr - 10:56

Tombeau pour une touriste innocente

Rien n'est jamais plus beau qu'une touriste blonde
Qu'interviewent des télés niponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d'un pirate aux manières très courtoises.

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n'avait du monde qu'une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l'art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

Sans vouloire devenir une vraie théoricienne
Ellse savait maintenant qu'on peut acheter plus juste
Et que l'on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provoquants simplement émouvants

Elle se voyait déjà mère d'élèves impliqués
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

Elle disait qu'il fallait réinventer la vie
Que c'était le devoir du siècle commençant
Après toutes ces horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s'était déjà bien investie

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s'était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

L'agence Operator de l'avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants
Elle en avait relevé près d'une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants

Elle est morte un matin sur l'île de Tralâlâ
Des mains d'un islamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C'était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences mêmes n'étaient que virtuelles

Philippe Muray


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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Laure le Sam 24 Avr - 11:22

Merci JP pr ce très intéressant poème.
En général la poésie m'ennuie, me rase, me barbe copieusement... Ts ces lacs et ces tps au vol suspendu, bof ! Mièvrerie et cie. Le seul poème qui m'a secouée : "Une charogne" de Baudelaire. Bon, Ronsard est très élégant avec sa rose et Baudelaire, lui, ne fait pas ds la dentelle avec son Stück de barbaque pourrie...
Mais, au moins, c rigolo, grincant et provoquant.
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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  NablaGerb le Mer 27 Oct - 22:12

Que le coq agite sa Crète

Que le coq agite sa crète
Où l'entendent les girouettes;
Adieu, maisons aux tuiles rouges,
Il y a des hommes qui bougent.

Ame ni mon corps n'étaient nés
Pour devenir cette momie,
Bûche devant ta cheminée
Dont la flamme est ma seule amie.

Vénus aurait mieux fait de naître
Sur le monotone bûcher
Devant lequel je suis couché,
La guettant comme à la fenêtre.

Nous ne sommes pas en décembre.
Je ne serais guère étonné
Pourtant, si dans la cheminée,
Un beau matin je vois descendre

Vénus en pleurs du ciel chassée,
Vénus dans ses petits sabots
(De Noël les moindres cadeaux
Sont luxueusement chaussés).

Mais, Echo! Je sais que tu mens.
Par le chemin du ramoneur,
Comme en un miroir déformant,
Divers fantômes du bonheur,

A pas de loup vers moi venus,
Surprirent corps et âme nus.
Bonheur, je ne t'ai reconnu
Qu'au bruit que tu fis en partant.

Reste étendue, il n'est plus temps
Car il vole, âme, et toi tu cours,
Et déjà mon oreille avide,
Suspendue au-dessous du vide,

Ne perçois que la basse-cour,
Coq, dans la gorge le couteau
Du criminel, chantes encor :
Je veux croire qu'il est trop tôt.

(Raymond RADIGUET, décédé à l'âge de 20 ans!)
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Re: Anthologie: Nos poèmes préférés.

Message  Laure le Jeu 28 Oct - 10:35

Oulala ! Pas bien gai,
Le jeune Radiguet...

Mort à 20 ans de typhoide

Si talentueux et plein de promesses
Mais fauché en pleine jeunesse
Alors, au diable (non au corps) le pessimisme
Et tous ces trucs en "isme"
Qui nous empêchent
D'avoir la pêche.
Je suis d'accord avec Evelynette
Qui se dit simplette.
Merci, Evelyne
De sourire aux mésanges
Et avec toi, je range
Regrets, humeurs chagrines
Et autres babioles
Et avec toi, ce matin, je rigole...

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anthologie - nos poèmes préférés

Message  Evelyne le Jeu 4 Nov - 15:38

en voici un d'actualité !

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur.
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur.
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre.
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur.
Au bout des racines il était la terre.
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre


de Robert DESNOS
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